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Professeur Layton Vs Ace Attorney : Objection énigmatique

30 Avril 2014 , Rédigé par Samizo Kouhei Publié dans #Critiques de jeu

Professeur Layton Vs Ace Attorney : Objection énigmatique

Dans la série crossovers improbables, je demande Professeur Layton vs Ace Attorney. La rencontre entre 2 licences phares depuis la DS promettait beaucoup de choses. Parfaitement adaptés au format portable pour la réalisation et le gameplay, ces 2 licences méritaient de se rencontrer un jour. Une rencontre qui tourne un peu au vinaigre, malheureusement.

Le Professeur Layton et son élève Luke sont amenés à venir en aide à Aria, une jeune fille qui semble poursuivie par des forces occultes. Les 2 personnages sont projetés dans un livre que détient Aria ... Presque au même moment, Phoenix et son assistante Maya arrivent à Londres pour un colloque international sur la justice. Ils sont amenés à défendre à la barre une jeune fille amnésique ... Aria ! Bientôt projetés à leur tour dans le livre, les 4 personnages, qui ne tardent pas à se rencontrer, découvrent Labyrinthia, une cité médiévale où les procès en sorcellerie sont monnaie courante, avec comme issue pour les accusées la mort sur le bûcher.

Professeur Layton Vs Ace Attorney : Objection énigmatique

Les 2 gameplays inhérents aux licences sont présents : le professeur Layton tente de découvrir les mystères de Labyrinthia en résolvant des énigmes (bien mieux intégrées dans l'intrigue que dans les autres épisodes où elles servent souvent de prétexte) tandis que Phoenix défend ses clients lors de procès, pointant du doigt (littéralement) les contradictions et présentant des preuves irréfutables. Hélas, en dépit de quelques chassés croisés entre les 2 univers et de petites innovations dans les procès (les dépositions et interrogatoires de témoins simultanés), on a malheureusement l'impression d'être face à des mécaniques de jeu particulièrement allégées. Si le volet Layton est relativement épargné (malgré des énigmes moins difficiles et moins nombreuses que dans la série canonique), la partie Ace Attorney est particulièrement faible, avec des procès qui manquent de la tension de la série principale : on a beaucoup de mal à ressentir les enjeux.

Professeur Layton Vs Ace Attorney : Objection énigmatique

Ce gameplay sans risques, cloisonné, dessert un jeu qui n'est pas exempt de qualités. L'histoire est plutôt sympathique, mais tire bien plus du côté de Layton que d'Ace Attorney dans son traitement et ses thématiques (une cité mystérieuse, des éléments surnaturels qui ne le sont peut être pas). Elle réserve quelques surprises, mais implique bien plus à mon avis le duo de chercheurs d'énigmes que la doublette judiciaire.

Le professeur Layton a le beau rôle, à l'aise dans sa partie mais également dans les procès, où il apporte une aide précieuse. Le pauvre Phoenix, par contre, est encore plus le dindon de la farce que dans sa série (tout du moins la première trilogie), et est souvent ridiculisé lors des procès.

La réalisation est très réussie, avec beaucoup de passages doublés en français (même s'il y a peu de doubleurs), des cinématiques animées de très bonne qualité, ainsi que des graphismes chatoyants (même si les chara designs ne sont pas uniformisés) et une bande-son mélangeant avec brio (cette fois) thèmes de Layton et de Phoenix Wright (les thèmes classiques sont réorchestrés à la façon Layton).

La durée de vie est également correcte, une vingtaine d'heures en ligne droite, soit la durée moyenne d'un Layton (et un peu moins qu'un Ace Attorney) malgré quelques rallongements artificiels.

Professeur Layton Vs Ace Attorney : Objection énigmatique

Layton vs Ace Attorney n'est pas un mauvais jeu, mais c'est une déception par rapport aux attentes suscitées. Les fans de Layton s'y retrouveront globalement, mais ceux qui ne jurent que par Phoenix seront déçus par des procès poussifs et un héros relégué au rang de faire-valoir. Choisissez votre camp !

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Locke & Key 6 : Oméga

30 Avril 2014 , Rédigé par Samizo Kouhei Publié dans #Comics

Locke & Key 6 : Oméga

Dernier tome pour la série d'horreur de Joe Hill et Gabriel Rodriguez. Ça s'annonce mal pour les enfants Locke, Dodge est parvenu à ses fins et a mis la main sur la clé permettant d'ouvrir la Porte noire, et ainsi déverser les abominations qui attendent de pouvoir passer sur le monde. Le combat risque de faire des victimes ...

J'avais commencé la série dès sa sortie française, chez Milady Graphics, et j'avais été scotché par le premier tome. Les suivants n'ont fait que confirmer le brio de l'écriture de Joe Hill (qui n'est donc pas qu'un vulgaire "fils de ..." qui aurait exploité sa filiation avec Stephen King pour percer) et du dessin de Gabriel Rodriguez (même si j'ai eu un peu de mal au début). J'ai eu un peu peur lors de l'apparent hiatus de Milady mais l'éditeur s'est ressaisi avec la sortie du tome 4 et une édition de meilleure qualité.

Une histoire terriblement sombre et humaine, où rien ne nous est épargné : des morts souvent atroces, des relations humaines parfois traumatisantes, des ennemis démoniaques (dans tous les sens du terme) mais aussi la grandeur de l'âme, la force des liens familiaux et des éléments surnaturels qui peuvent être positifs. La conclusion est à la hauteur du reste de l'histoire : touchante sans être larmoyante, violente sans être grand guignolesque, épique sans en faire trop.

Je croise les doigts pour une sortie en série télévisée (qui était prévue à un moment donné) sur le câble, afin de faire connaître ce comic book d'exception au plus grand nombre

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One Piece 70

18 Avril 2014 , Rédigé par Samizo Kouhei Publié dans #Mangas

One Piece 70

Fin de l'arc Punk Hazard, qui en dépit de son action discontinue et ses conséquences importantes sur l'univers de One Piece m'a vraiment fatigué.

Sans temps morts, l'histoire enchaîne sur un nouvel arc, reposant, comme le nom de son tome l'indique, sur Doflamingo. Ce membre des 7 grands corsaires est apparu pour la première fois dans le tome 25, mais était passé au second plan vu les nombreuses péripéties de l'équipage du Chapeau de Paille. On avait appris dans les tomes précédents se passant à Punk Hazard qu'il menait ses propres plans, dans le dos de la Marine. Sous le nom de Joker, il suivait de près les expériences menées par César Clown sur les gaz de combat. Luffy s'était allié à Trafalgar Law pour mettre en déroute le plan de Doflamingo et déstabiliser les 4 Empereurs.

Je dois avouer que j'attends désormais les nouveaux tomes de One Piece avec moins d'impatience qu'auparavant. Depuis le rassemblement de l'équipage, je trouve les nouveaux arcs poussifs, rallongés artificiellement, tant les protagonistes montrent toute leur puissance en face à face et concluent rapidement leurs combats (quand ils ne sont pas neutralisés d'une manière ou d'une autre ou que leur ennemi fuit).

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Fables 21 : Au Pays des Jouets

17 Avril 2014 , Rédigé par Samizo Kouhei Publié dans #Comics

Fables 21 : Au Pays des Jouets

Après plusieurs arcs qui marquaient sévèrement le pas (à tel point que je n'ai pas chroniqué le 20ème TPB), ce nouvel arc intitulé Au Pays des Jouets (Cubs in Toyland en VO) m'a vraiment convaincu.

Suite à la désignation de l'Héritier du Vent du Nord, les louveteaux restants accusent un peu le coup et sont désoeuvrés. Thérèse reçoit en cadeau un bateau rouge, qui ne tarde pas à l'emmener au Pays des Jouets. Les jouets veulent qu'elle devienne leur reine, mais le rêve tourne rapidement au cauchemar ... Un conte particulièrement cruel et réussi sur la fin de l'enfance, le sacrifice et le pouvoir.

Ce recueil de 192 pages est complété par un arc en 2 parties (et dessiné par Gene Ha) qui revient sur le passé du Grand Méchant Loup et sa rencontre avec une prophétesse. Un récit pas si anodin qui pourrait avoir des répercussions sur le présent ...

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Stardust Crusaders 12

15 Avril 2014 , Rédigé par Samizo Kouhei Publié dans #Mangas

Stardust Crusaders 12

Si le début du tome voit la fin des méfaits du duo Hol Horse / Boingo, c'est le premier combat d'Iggy qui occupe la majeure partie du tome. Le chien avait pour l'instant brillé par son indifférence aux mésaventures de ses compagnons, mais joue cette fois un rôle déterminant dans la recherche du refuge de Dio. Il paie même de sa personne face à un ennemi implacable, et une fois n'est pas coutume, dénué de toute excentricité.

L'histoire prend une tournure décisive, avec l'entrée dans le repaire de Dio, évidemment bien gardé par des manieurs de Stands retors.

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Saga 3

14 Avril 2014 , Rédigé par Samizo Kouhei Publié dans #Comics

Saga 3

Pas de flashbacks dans ce nouveau recueil de Saga, compilant les épisodes 13 à 18, et une relative unité de temps et de lieu.

Parallèlement aux tribulations du couple et de leur enfant sur Quietus, on suit leur traque par Gwendoline (l'ex femme de Marko) et du Testament, toujours accompagné du Chat Mensonge et de la fillette qu'il a libéré de l'esclavage. 2 nouveaux personnages apparaissent, des journalistes qui enquêtent sur les raisons de la défection d'Alana.

Une lecture toujours aussi captivante qu'atypique. Déjà 18 épisodes et cette saga S-F ne s'essouffle pas.

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Aux sources de Bioshock [spoilers]

9 Avril 2014 , Rédigé par Samizo Kouhei Publié dans #Réflexions

Aux sources de Bioshock [spoilers]

Encore (!) un article sur Bioshock, mais il s'agit cette fois d'un article totalement inédit, évoquant à la fois le premier jeu et le fameux roman Atlas Shrugged (dans sa version traduite en français). Attendez vous à des spoilers à la fois sur le jeu et sur le roman.

Dans le premier Bioshock, Ken Levine a mis en lumière un courant philosophique influent dans les pays anglo-saxons : l'objectivisme. Ce dernier repose sur l'idée d'un égoïsme rationnel et de la réalité objective (pour simplifier à l'extrême).

L'instigatrice de cette pensée est Ayn Rand (1905-1982). Cette romancière et philosophe d'origine russe a écrit plusieurs scénarios de film et romans, dont le plus connu est Atlas Shrugged (que l'on peut traduire par "Atlas haussa les épaules"). Ce roman, paru en 1957, manifeste de la pensée objectiviste, est encore aujourd'hui un des livres les plus influents aux Etats-Unis, notamment dans les milieux libertariens (même si Rand rejettait son appartenance au mouvement).

L'histoire est une uchronie : dans un monde qui n'a jamais connu la Seconde Guerre Mondiale, le New Deal du président Franklin Delano Roosevelt (des mesures économiques et sociales prises pour tenter de combattre la crise de 1929) a entraîné une stagnation de l'économie américaine (en réalité, les effets du New Deal ont été assez mitigés et c'est la mobilisation de l'économie suite à l'entrée en guerre qui a relancé le pays).

Mais le pays reste relativement bien loti par rapport aux autres Etats, qui sont tous devenus des républiques populaires (d'obédience communiste) où les gens meurent de faim. Les personnages principaux sont Dagny Taggart, qui dirige avec son frère la principale compagnie de chemins de fer du pays, et Hank Rearden, un industriel à l'origine d'un métal révolutionnaire, le Rearden Metal. Ces 2 personnages sont confrontés aux manœuvres d'un Etat retors et incompétent (les "pillards") alors que l'économie du pays s'affaisse de jour en jour et que les intellectuels et industriels les plus brillants disparaissent du jour au lendemain. Dans ce contexte difficile, une question reste sans réponse : "Qui est John Galt ?"

Aux sources de Bioshock [spoilers]

La première traduction officielle en français de ce roman date seulement de 2011, sous le nom de La Grève (un titre explicite qui manque du symbolisme du titre original).

C'est à mon avis un roman beaucoup trop long (1200 pages), parfois indigeste (l'objectivisme est présenté au travers d'un monologue de 60 pages !), très caricatural (l'Etat est un ramassis d'incapables aux noms et physiques grotesques qui prétendent oeuvrer pour le bien commun mais s'en mettent plein les poches, tandis que les héros sont des parangons de beauté, d'intelligence et de moralité) et typiquement américain : exaltation de la liberté individuelle et de la recherche du bonheur, rejet de l'interventionnisme étatique (les lois et les impôts, c'est MAL), apologie de l'égoïsme et dénonciation de l'altruisme. L'influence énorme de cet ouvrage aux Etats-Unis et inexistante ailleurs (notamment en France) s'explique sans doute dans cette défense radicale de l'individualisme. Pour autant, certains thèmes peuvent être séduisants, comme le rejet de l'oppression politique et religieuse, la critique de la morale traditionnelle basée sur la famille ainsi que la recherche du bonheur comme but ultime.

Aux sources de Bioshock [spoilers]

Les analogies entre Rapture et Atlas Shrugged sont nombreuses.

Comme Ayn Rand, Andrew Ryan (qui est d'ailleurs un anagramme à peu de choses près) a fui la Révolution russe et le bolchevisme afin d'arriver aux Etats-Unis, pays de la liberté et des opportunités. Bien que devenu riche, Ryan a été ulcéré par le New Deal et sa démocratie sociale.

A l'instar de John Galt (que Dagny rencontre finalement dans le 3ème acte du livre), Andrew Ryan crée sa cité idéale, regroupant tous les esprits libres voulant se libérer des contraintes de l'Etat et de la morale ("Ni Dieu, ni roi, seulement l'homme" comme l'affirme la banderole dans le phare où le héros arrive au début du jeu). Les 2 personnages se rejoignent sur leur haine des "pillards" et des "parasites" : Etats, religions, profiteurs et fainéants. Une philosophie inculquée à Rapture dès le plus jeune âge (le parc à thèmes "Voyage au coeur de Rapture" que l'on visite dans Bioshock 2, l'école maternelle de Tombeau sous-marin Episode 2) et râbachée sous forme de propagande pour les habitants (au travers d'affiches et de messages diffusés par les enceintes, même en pleine déconfiture).

Dans un discours, Andrew Ryan s'exprime sur l'altruisme en ces mots :

"Quel est le plus grand mensonge de tous ? Quel est le pire outrage fait à l'humanité? L'esclavage? L'holocauste? La dictature? Non. C'est l'outil qui modèle tant de vilenie. L'altruisme".

Les 2 considèrent que le travail est la valeur suprême: John Galt initie une "grève" des esprits innovants (qui se contentent de travaux subalternes pour éviter que leurs travaux soient exploités par les "cannibales", avant de disparaître à Arcadia) tandis que Ryan considère que ce que l'homme a réalisé "à la sueur de son front" doit lui appartenir complètement (et donc a fait "le choix de l'impossible" : Rapture).

Arcadia et Rapture sont 2 utopies (dont l'une des étymologies est "lieu de nulle part") cachées au commun des mortels. Pour autant, si Arcadia est une petite communauté fonctionnelle, Rapture est un projet beaucoup plus démesuré, où une main d'oeuvre plus nombreuse et moins bien formée est nécessaire (même au Paradis, il faut bien quelqu'un pour nettoyer les toilettes, comme le rappelle Fontaine). Notons cependant qu'Andrew Ryan, à l'instar des protagonistes de Atlas Shrugged, ne méprise absolument pas les travailleurs manuels : le savoir-faire d'un plombier est son talent.

Dans les 2 cas, les grands esprits sont à l'origine d'innovations techniques prodigieuses, que ce soit le Rearden Metal ou le moteur mis au point par John Galt dans le roman, ou la construction elle-même de Rapture au fond de l'océan.

Le nom d'Atlas, le révolutionnaire tentant de renverser la dictature de Ryan, vient tout droit de ce roman, tandis que des affiches sur les murs de Rapture, demandent "Qui est Atlas ?" Son apparence en tant que boss final renvoie d'ailleurs à celle de la statue d'Atlas à New York, un des hauts lieux de "pèlerinage" des objectivistes.

Aux sources de Bioshock [spoilers]

Dans Bioshock, Ken Levine se demande ce que donnerait l'objectivisme appliqué à une cité, notamment dans ses aspects économiques (un laissez faire absolu, un enrichissement personnel sans limites) et politiques (l'Etat réduit à des fonctions régaliennes : police, justice, diplomatie et monnaie). Le résultat montre que l'utopie se transforme rapidement en dystopie : les inégalités sociales de Rapture provoquent la montée en puissance de Frank Fontaine, qui sait exploiter ces tensions à son avantage, mais pas par bonté d'âme. Fontaine développe en effet des activités légales (Fontaine Futuristics, l'Orphelinat des Petites Soeurs) et illégales (la contrebande, à l'instar de Ragnar Danneskjold dans Atlas Shrugged), devient extrêmement riche et avant que Ryan réagisse (après tout il serait en contradiction avec sa défense effrénée de la liberté d'entreprise), il est trop tard. Les querelles entre des egos si développés ne pouvaient qu'entraîner une guerre civile, des abus de pouvoir (Ryan qui fait exécuter ses contradicteurs) et la répression (Sofia Lamb, l'antagoniste de Bioshock 2, est une opposante jetée dans les profondeurs de Perséphone, mais qui a toute l'occasion de montrer que sa philosophie diamétralement opposée à celle de Ryan est aussi néfaste). Si John Galt fustige les "pillards", il a un discours plus modéré. Dans son monologue, il s'adresse à la radio à la population américaine, restée apathique devant la ruine et la famine qui frappent le pays. Il l'incite à se réveiller :

"Le monde que vous désirez peut être atteint. Il existe. Il est réel. Il est possible. C'est le vôtre".

Les esprits si brillants ont plongé dans la folie sous l'influence de l'ADAM (Sander Cohen, même s'il est déjà bien atteint avant l'abus de plasmides) ou dans l'immoralité (Suchong). C'est une virulente critique du message d'Atlas Shrugged où les esprits les plus brillants sont également les plus nobles. Les Petites Soeurs dans le jeu ou de la bombe atomique pour un exemple historique montrent que les progrès scientifiques ne sont pas forcément porteurs d'un monde meilleur.

Là où John Galt l'emporte dans Atlas Shrugged (mais au prix d'un monde complètement en ruines), Andrew Ryan échoue lamentablement dans Bioshock (même si on peut lui reconnaître de mourir pour ses idées).

Pique supplémentaire à l'encontre de l'objectivisme, l'altruisme à l'encontre des Petites Soeurs est au final bien plus récompensée que l'assouvissement absolu et immédiat de ses besoins en ADAM. Le libre arbitre est replacé à sa juste valeur, là où Ryan en offre une version réductrice ("Êtes-vous un homme ou un esclave ?" ) et sa fameuse dernière phrase ("L'homme choisit, l'esclave obéit !").

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Bioshock Infinite : In Comstock we trust [SPOILERS]

7 Avril 2014 , Rédigé par Samizo Kouhei Publié dans #Réflexions

Comme promis, voici un 2ème article autour de Bioshock Infinite. Il s'agit là encore d'une remise à jour d'un ancien article.

Dans mon précédent billet, j'avais parlé du contexte historique et idéologique du jeu, en disant que Columbia se conformait à une certaine vision des premiers temps des Etats-Unis (qui s’accommodait notamment de l'esclavage). Cela passe également par un fort discours religieux, qui sera l'objet principal de cet article.

SPOILERS SUR L'HISTOIRE

La religion occupe une place très importante dans la mentalité américaine. Les premiers migrants venus d'Europe étaient les puritains, des protestants persécutés en Angleterre pour leur vision un peu trop littérale de la religion. Encore aujourd'hui, le discours puritain est encore très influent dans la Bible Belt.

Dans Bioshock, Andrew Ryan rejetait toute religion (au nom de l'avènement de l'individu) tandis que dans Bioshock 2, Sophia Lamb établissait un culte autour d'Eleanor pour mettre en place son utopie collectiviste. Dans Bioshock Infinite, le principal antagoniste est Zachary Hale Comstock, autoproclamé "prophète". On ne sait rien de son passé avant qu'il devienne prophète et pour cause, puisque Comstock n'est autre qu'une version alternative de Booker deWitt, qui par un deuxième baptême, efface son lourd passé. Mais au contraire du mouvement des Born Again Christian qui vise à "renaître" spirituellement par une (re)conversion au christianisme évangélique dans le but d'absoudre une vie d'excès (comme exemples connus on peut citer George W. Bush ou Dave Mustaine), Comstock ne se repent absolument pas de son passé sanglant (massacre de Wounded Knee, brisage de grève au sein de Pinkerton) et exploite ses faits d'arme pour sa propagande personnelle . On peut le voir dans le Hall des Héros et au travers de nombreuses affiches et statues monumentales. Dans l'un des premiers Voxophones, Comstock évoque le baptême (ce qui prend une toute autre signification à la fin du jeu) : "Un homme plonge dans les eaux du baptême et c'est un homme nouveau qui en ressort. Mais qui est donc cet homme qui repose au fond des eaux ? C'est autant un saint qu'un pêcheur jusqu'à ce qu'il se révèle aux yeux des hommes". Il s'agit avant tout de changer d'identité. Comstock se créée une persona de prophète à barbe de patriarche, au visage terrible apparaissant dans le ciel pour frapper les ennemis de Columbia du feu divin.

Bioshock Infinite : In Comstock we trust [SPOILERS]

Comstock a une vision vengeresse de la religion, beaucoup plus marquée par l'Ancien Testament (et son Dieu jaloux et vindicatif) que par le Nouveau Testament (message universaliste et pacifiste de Jésus). S'il envoie le feu de Columbia lors de la révolte des Boxers, c'est pour anéantir les "vipères orientales" et punir la "Sodome inférieure". Dans l'un de ses Voxophones, Comstock affirme :"Le Seigneur pardonne tout, mais je suis juste le Prophète ... je n'ai pas à pardonner". Il prédit la punition des Etats-Unis qui lui ont tourné le dos, non pas par lui mais par Elizabeth (ce qui arrive effectivement dans une des réalités où on assiste au bombardement dans les années 1980 de New York par les zeppelins de Columbia). A l'instar des prophètes qui parsèment l'Ancien Testament, Comstock a reçu la visite des anges (l'archange Columbia) et met en garde contre le "Faux Berger", dont il a prophétisé la venue.

Bioshock Infinite : In Comstock we trust [SPOILERS]

Comme beaucoup de prédicateurs protestants / évangéliques avant lui (et après lui), Comstock détourne la foi des fidèles à son propre avantage idéologique et matériel (voir la banque qu'on visite en fin de jeu). On entre dans Columbia par une église où on voit que Comstock a mis en place sa propre trinité : Mme Comstock prend la place de Marie (sans l'Immaculée Conception mais avec une gestation de 7 jours !) en plus d'être une martyre assassinée par Daisy Fitzroy (la chef de la Vox Populi), Dieu lui-même n'est presque pas nommé dans le jeu mais parle par le biais de son prophète ... et Elizabeth est surnommée l'Agneau (Jésus est surnommé l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde).

Les personnes qui pourraient dévoiler son imposture (le fait qu'il soit stérile et qu'Elizabeth ne puisse être son enfant) sont éliminées (Mme Comstock et les Lutèce). Comstock maintient parfaitement l'illusion de l'utopie par un mélange de propagande et de science avancée. Plus dure sera la chute pour les citoyens de Columbia quand la Vox Populi réussit à mettre la main sur des armes.

Bioshock Infinite : In Comstock we trust [SPOILERS]

Dans son interprétation toute personnelle de la religion, Comstock introduit une dimension "mythologique" à la fondation de Columbia, puisqu'il place la cité sous le patronage de 3 Pères Fondateurs, représentés sous formes de statues grecques, telles des divinités poliades : Thomas Jefferson, George Washington et Benjamin Franklin, munis respectivement des attributs du parchemin, de l'épée et de la clé (les signes servent de mot de passe pour rentrer à Columbia). Comstock met en place une religion civique à l'instar des religions grecque et romaine.

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Bioshock Infinite : Contexte idéologique et politique [SPOILERS]

4 Avril 2014 , Rédigé par Samizo Kouhei Publié dans #Réflexions

Vu que je viens de finir Tombeau Sous-Marin Episode 2, le DLC de Bioshock Infinite, je reviens sur cet épisode avec une version (un peu) remise à jour de mon article de l'ancien blog.

A l'instar des 2 premiers épisodes de la série, Bioshock Infinite s'inscrit dans une réflexion sur l'utopie et la propagande. Cependant, cette réflexion, au coeur des 2 premiers épisodes, cède progressivement le terrain à des thèmes beaucoup plus typés Science-Fiction.

Bioshock Infinite se passe en 1912. A cette époque, les États-Unis du début du XXème siècle n'ont pas grand chose à voir avec l'hyperpuissance qui se confronte à l'URSS durant la Guerre Froide.

A l'époque, les États-Unis sont encore une puissance émergente, le seul pays extra-européen (avec le Japon) à figurer en bonne place dans le concert des Nations. A l'époque, l'Europe est toute-puissante de ses colonies, de sa supériorité technique et intellectuelle (supposée). Le Royaume-Uni est encore la première puissance mondiale, bien que les Etats-Unis étaient en train de leur damer le pion d'un point de vue économique.

On aurait du mal à y croire, mais les États-Unis n'ont pas toujours été la puissance impérialiste que le pays est encore aujourd'hui (en dépit d'un déclin relatif). La doctrine Monroe (1854) du nom du président américain qui l'a édictée, rejette toute intervention européenne en Amérique .... et inversement. Au XIXème s., les Etats-Unis, suite à leur indépendance et à leur extension vers l'Ouest, ont étendu leur territoire au détriment des tribus amérindiennes et des Mexicains.

Les débuts de l'impérialisme américain datent de la présidence de William McKinley (1897-1901). Sa politique se caractérise par un patriotisme économique symbolisé par un renforcement des protections douanières ... mais aussi l'interventionnisme militaire.

Bioshock Infinite : Contexte idéologique et politique [SPOILERS]

La présidence McKinley a jeté les bases du « pré carré » états-unien sur le continent américain. En 1898 éclate la guerre hispano-américaine au cours de laquelle les États-Unis privent les Espagnols de leurs dernières colonies américaines (Cuba, Porto-Rico) et dans le Pacifique (Philippines). McKinley veut également intensifier le commerce américain en Chine avant que la révolte des Boxers (des nationalistes chinois qui s'en prennent violemment aux concessions occidentales qu'ils accusaient de dépecer la Chine) ne l'en empêche. Il ordonne une intervention militaire. Signalons que c'est l'intervention musclée de Columbia pour réprimer l'insurrection chinoise qui a entraîné la rupture des liens de la cité volante avec le gouvernement américain. La démarche de Columbia épouse le jingoïsme, un patriotisme belliqueux et chauvin qui considère que la manière forte est la seule viable pour résoudre les tensions entre États. Jusque là, Columbia symbolisait l'American Way of Life, l'exceptionalisme américain (la conviction que les Etats-Unis sont un pays à part : un pays construit par des immigrés, une ancienne colonie qui s'est libérée seule et s'est tout de suite érigée en démocratie moderne). Columbia est d'ailleurs la personnification des États-Unis jusqu'aux années 20 (où elle est supplantée par la Statue de la Liberté), l'équivalent de Marianne pour la France.

Bioshock Infinite : Contexte idéologique et politique [SPOILERS]

La première heure du jeu brosse donc le portrait idéalisé d'une cité en paix, où les gens sont joyeux, où la foi, la beauté et la science sont célébrés. On déambule ainsi dans une foire vantant les mérites des derniers progrès scientifiques (clairement anachroniques) tels que le Voxophone (pour enregistrer sa voix), les Toniques (octroyant des pouvoirs, à l'instar des Plasmides des 2 premiers Bioshock) ou encore l'aérotram (permettant de circuler sur des rails en plein ciel). La cité elle-même de Columbia est une prouesse scientifique puisque c'est une cité fonctionnelle qui vogue dans le ciel, sans aucune contrainte et presque plus aucune attache (il reste des contacts avec la terre ferme pour certaines marchandises et l'apport en main d'oeuvre très bon marché), à une époque où l'absence de radars et les cieux peu fréquentés ont pu permettre à la cité de couper tous les ponts avec les États-Unis et de disparaître complètement.

La « douche froide » intervient quand le héros est convié à une tombola dont le premier prix consiste à lyncher un couple interracial ! Le choix est court-circuité par la découverte de la marque du faux berger sur la main de Booker, provoquant la première explosion de violence du jeu. Le racisme n'est hélas pas particulièrement choquant dans le contexte américain de l'époque. L'abolition de l'esclavage est certes passée dans les moeurs, mais on oublie souvent que Lincoln lui-même était persuadé de la supériorité supposée de la race blanche sur la race noire. L'un des premiers lieux que l'on visite lors de la chasse à l'homme contre Booker est la maison de l'Ordre du Corbeau, dont les costumes et les motivations font fortement penser au Ku Klux Klan. Ils vénèrent John Wilkes Booth, l'assassin de Lincoln, représenté sur les tableaux décorant leur antre avec des cornes de diable et affublé du surnom de Grand Émancipateur. Un Voxophone découvert dans l'une des pièces de cette société (pas si) secrète révèle que Comstock est persuadé de la mission de la race blanche à guider la race noire vers la civilisation, mais sans la « naïveté » propre au discours colonialiste français de l'époque.

L'un des tableaux du jeu (largement diffusé dans la promo du jeu) résume parfaitement le discours politique de Comstock :

Bioshock Infinite : Contexte idéologique et politique [SPOILERS]

Sur ce tableau, on voit la vénération de la cité pour George Washington, presque divinisé au sein d'une trilogie réunissant également les Pères Fondateurs Benjamin Franklin et Thomas Jefferson. Columbia fait donc une interprétation littérale de l'indépendance américaine : la liberté, certes, mais au profit unique des WASP (White Anglo Saxon Protestants, les premiers émigrants historiques). Les autres peuples, foudroyés par la lumière civilisatrice, sont réduits à des caricatures grimaçantes : Mexicains basanés et crasseux, Irlandais alcooliques, Chinois grimaçants, Juifs difformes, Indiens dépenaillés. Le tableau indique la devise de Columbia : "Pour Dieu et la Patrie", très proche de la devise officielle des Etats-Unis (In God we trust) et le "devoir sacré" de Columbia de repousser les hordes étrangères. Depuis, cette affiche a été reprise au premier degré par le "fameux" mouvement du Tea Party.

Il n'est pas innocent que le Hall des Héros célèbre la répression musclée de la révolte des Boxers (représentés par des hordes de monstres jaunes) et Wounded Knee (1890), la dernière bataille des guerres indiennes où l'armée américaine massacre hommes, femmes et enfants Sioux.

Columbia est une utopie, mais à condition d'être du « bon côté ». A ce titre, la visite du hall du Battleship Bay est évocateur : on arrive du côté des toilettes réservées aux minorités : les sanitaires sont détruits, les murs tagués ... Puis on arrive dans le hall chatoyant, où des bornes automatiques veulent inculquer la morale aux têtes blondes (et c'est le cas de le dire). La présence des Noirs se résume à des domestiques en uniforme, têtes baissées, au milieu d'une foule indifférente à leur présence invisible mais vitale. Les Irlandais (catholiques) constituent l'autre minorité rabaissée à des tâches subalternes.

Bioshock Infinite : Contexte idéologique et politique [SPOILERS]

La Vox Populi (« la Voix du Peuple ») séduit les minorités brimées par la ségrégation et l'exploitation économique de Fink. Le mouvement est mené par Daisy Fitzroy (fille illégitime issue d'un couple interracial, vu son patronyme écossais?). Ses intentions semblent nobles, mais l'accès à des armes (suite à la première divergence scénaristique du jeu) ne tarde pas à montrer la sauvagerie du mouvement. Par ailleurs, la Vox Populi ne tarde pas à devenir une force antagoniste qui possède les mêmes unités que les forces régulières de Columbia ... avec des habillages différents !

Dans le prochain article à venir sous peu, je reviendrais sur la critique de l’extrémisme religieux.

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